Cartignies

Cartignies

Jules Meresse

JULES MERESSE

Mon père,  Jules Méresse,  est né le 23 janvier 1893 à Cartignies. En 1913,  il s'engage pour 3 ans, il est affecté au 41 ième Régiment d'artillerie, en Septembre 1914 c'est la déclaration de la guerre Il restera au 41ième pendant toute la durée de la guerre. Il combattra dans les Flandres,  la Marne,  et Verdun.

 En 1917  il sera cité à l'Ordre de la Division:

"Excellent  sergent,  donnant  toujours et   partout  l'exemple du sang-froid et du dévouement notamment dans la nuit du 11 au 12 septembre 1917,  nuit  pendant  laquelle, sous  les  bombardements violents, il  a pris  le commandement de sa pièce dont le chef venait d'être tué par un obus. A  reçu la Croix de guerre et Droit au port individuel de la fourragère. Libéré le 31 décembre 1918, il reçoit, après sa libération,  la Médaille des Héros de Verdun  « On ne passe pas », la Médaille Militaire, la Médaille des grands blessés, et le 16 mars 1935 la Carte du Combattant, et le Diplôme des Héros de Verdun, avec citation

Aux grands chefs, aux officiers, aux soldats, à tous.

Le nom de M. Méresse Jules

Canonnier de première classe

41ième Régiment d'Artillerie de campagne

Est  inscrit sur le livre d'or des "Soldats de Verdun"

Il est libéré en décembre 1918 et quand il arrive chez lui la maison est vide, sa mère est décédée,  son père est prisonnier en Allemagne et son jeune frère a été recueilli par un oncle

En 1919, il se marie avec Marcelle Marit. Ils auront 4 enfants, Gérard en 1920, Robert en 1923, Lysiane en 1929, et moi-même en 1933.

 En 1939, mon père sera rappelé sous les drapeaux, mais sera libéré trois jours plus tard étant donné son âge et ses blessures de 14 .18.

En mai 1940, devant l'avance massive des allemands  il décide d'évacuer avec sa famille dans la C4 Citroën. Gérard, qui a 20 ans, attend son incorporation. Mon père, en grand patriote, lui dit «Toi tu resteras à la maison car tu vas être appelé pour défendre  ton  pays". L'évacuation nous conduit  à  Moulins- la Marche  en  Normandie. Il ira travailler, avec mon frère Robert  alors âgé de 17 ans  dans une ferme. Mais 15 jours plus tard, vu l'approche des Allemands, c'est un  nouveau départ de  toute  la  famille  jusqu'à  Chaudefond-sur-Layon, près de Châlons sur Loire. Huit jours plus tard, les Allemands arrivent. Les soldats français  ont fait   sauter le pont sur la Loire.  Notre voiture est réquisitionnée par les Allemands pour transporter du matériel  jusque dans des barques, seul moyen possible pour traverser la Loire. Quelques jours plus tard la voiture nous sera rendue intacte. Mon père décide alors  de rentrer  à Cartignies.  Nous franchissons alors la Loire sur un pont de bateaux que les Allemands ont construit Je me souviens avoir eu peur.

L e retour ne se fera pas sans incident, il faut des laissez- passer et trouver de l'essence pour la C4. Fin juin, nous arrivons à Cartignies. Gérard est toujours là, son ordre d'appel n'est jamais arrivé, il a fait le travail  de  la  ferme  et  surtout empêché  le pillage  chez  nous  et  chez les voisins .Au fur et à mesure  que  les mois passent, la  hargne de mon père  contre les allemands est de plus en plus forte. Il  voudrait  faire  quelque chose, mais  ne  sait  pas vraiment  quoi. C'est son cousin, Maurice  Carniaux, Directeur  d'Ecole  à  Fives Lille, déjà  dans  la résistance, qui va lui fournir l'occasion d'entrer dans celle ci,  au début de  1941.   Maurice Carniaux fait partie du groupe  Libé Nord. Une filière est créée pour cacher les résistants recherchés par les Allemands. La filière est Maurice Carniaux, Madame Decarpigny, Institutrice à la Madeleine, Madame Désirée . Leprêtre qui travaille  à  la Mairie  de  Lille, et qui est bien placée pour faire des fausses cartes d'identité et surtout pour avoir des tickets de pain. La planque se trouve donc chez mon père. C'est pourquoi, à l'automne 1941 arrivent à la maison, Gilbert Bétrancourt, et plus tard en 1943 Pierre Deshayes avec Lionel Alloy,  Maurice Gallet,  Albert Van Wolput.

Avec l'arrivée du BOA,  mon père entre en relation avec le groupe OCM de Landrecies de Roger Robert.

Roger Robert, est né le 6 mars 1909 à Maubeuge, Docteur-vétérinaire  à  Landrecies, il  était  responsable de la Section  OCM  de  Landrecies. Le réseau était destiné aux sabotages  aux  renseignements  et aux  parachutages, puisque Landrecies se  trouvait  à  proximité de  Bois Lévêque où des rampes de lancement de VI sont   installées  Il y eut plusieurs  sabotages sur la ligne SNCF le Bois L'Evêque ainsi que sur le canal  dont l'écluse des Étoquies et le pont du canal ainsi qu' un parachutage dans les pâtures d'Henri Godart près du Bois Lévêque.

Robert recevait des messages de l'OCM  Avesnes  par Fernand Wargnie  qui  y  est allé à trois ou quatre reprises à LandreciesIl  cachait les messages dans le tube de la selle de son vélo. Lors  des  contrôles, il restait assis  sur son vélo.

Robert, ayant besoin d'un poste émetteur, envoya son agent de liaison  en chercher un chez mon père en moto,  c'était en octobre  43,  c'est de cette façon,  que cet  agent  de liaison  qui n'était  autre  que  Plantain, connut  mon père et mes frères. A ce moment l'OCM  ne recevait pas d'armes et Libé Nord en avait reçues.

Le PC  de l'OCM est chez Henri Godart,  qui héberge Raoul Legrand recherché par les Allemands qui dit être son ouvrier agricole, mais en réalité  il  est dans la Résistance. Incorporé au STO il avait été envoyé sur les côtes pour travailler au Mur de l'Atlantique  après 6 mois il a une permission  mais il n'y retournera  plus et il est obligé de se cacher  il arrive chez les Godart fin 1942 et  entre dans la résistance.   Le 6 janvier  44,  les arrestations commencent  pour le secteur de Landrecies. Vers 1 heure 30  du  matin les allemands arrêtent  André Godart de la Groise, après avoir fouillé toute la maison, ils exigent d'André Godart  les conduisent chez  Émile Trannois qui est arrêté aussi mais par erreur à la place de son fils qui a pu s'échapper et se cacher derrière le tas de fumier.  Les Allemands reprennent la route de Landrecies, et  arrêtent Léon Henniaux  à  6 heures du matin,  ils se rendent chez Henri Godart et cernent la maison, Henri  Godart qui avait des doutes depuis un certain temps  sur  un des membres  de  l'organisation comprend qu'il  a été dénoncé et s'enfuie par la fenêtre, à  cet instant  Robert  qui  était  chez  Godart  sort son arme  et  tire sur les allemands  qui ripostent et abattent Henri Godart  dans  sa cour.  Quand à  Robert  il  est  obligé de lever les bras. Ils arrêtent  Raoul  Legrand recherché depuis un certain temps et  qui  dort dans une petite pièce à côté. Environ 8 jours plus tard ils emmènent  Madame  Henri Godart   pour paraît-il la confronter avec Roger Robert, en réalité elle est incarcérée à la prison de Loos.

GILBERT  BETRANCOURT  mécanicien  ajusteur de  35 ans,  habite  Paillancourt,  un petit village  à côté de Cambrai.  En 1939  Gilbert est mobilisé et, en 1940, à la débâcle, il est fait prisonnier, mais parvient à s'évader.  Il a entendu l'appel du Général de Gaulle le 18 juin 1940. Il entre dans la résistance dans le réseau du Capitaine Michel.

Il est en relation avec Jules  Nautour du Groupe Voix du Nord qu'il recevra chez lui à plusieurs reprises. Il sera l'agent de liaison de Jules Nautour pour la région de Cambrai vers Lille. Londres. Mais un jour, en revenant de son travail à Denain, on le  prévient  que    plusieurs  de  ses  amis  résistants  ont  été  arrêtés  et  que  la  police   allemande  l'attend chez lui. Il est alors  obligé de se cacher. C'est ainsi qu'au début de l'hiver 41-42, il arrive chez mon père (par la filière Carniaux, Leprêtre, Méresse). Il vit chez nous comme un membre de la famille. Il s'entend très bien avec mes deux frères: Gérard et Robert, qui à ce  moment, ne  sont  pas  encore dans la résistance officiellement  mais  connaissent les activités de mon père. Gilbert  sortait  très peu pour ne pas  se faire remarquer. Comme il était ajusteur,  il aimait à se rendre  dans l'atelier de la ferme, qui était dans une dépendance touchant à l'étable. Il faisait des bagues avec des pièces de monnaie, mais il s'ennuyait éloigné de sa femme et de ses deux filles et voulait aller les voir, mais sa maison était toujours surveillée. Mon père lui disait: "si tu rentres chez toi, tu seras  arrêté ". Ce qui lui manquait aussi : c'étaient ses  activités dans la résistance car  à  Cartignies il était isolé. En mars  il partit pour Lille chez  Désirée Leprêtre. Au mois d'octobre, il est arrêté  par  la gestapo avec Désirée Leprêtre ils sont conduits à la prison de Loos.

Les longs interrogatoires et les tortures ne viendront jamais à bout de leur mutisme. La gestapo viendra plusieurs fois à Paillancourt interroger sa femme. Elle aura la chance de ne pas être arrêtée.  Gilbert se trouve à Loos. A chaque retour d'interrogatoire, il est dans un triste état On lui reproche l'attentat de la taverne Lilloise ou plusieurs officiers Allemands avaient été tués, en réalité,  il n'y était  pour  rien. Après un certain temps, il est conduit à Fresnes où il sera condamné à mort et fusillé au Mont Valérien, le 8 février 1943. Quand à Désirée Leprêtre, après plusieurs interrogatoires où elle connut les pires sévices et des souffrances atroces elle fut déportée au camp de Ravensbrück. Elle rentrera en mai 1945 vivante,  mais complètement méconnaissable.

Elle sera décorée de la Légion d' Honneur, de la Croix de guerre, de la Médaille de la résistance, et du diplôme des passeurs et résistants luxembourgeois. Elle décédera en janvier 1984 à 93 ans.

Albert Van Wolput s'engage dans la résistance en octobre 1940  sous le nom de Henri Bosman, il est un  des membres des plus importants  du mouvement  Brutus  et  Libé Nord  et  ensuite  de  "Voix du Nord". Il  deviendra un agent très actif de Libé-Nord. Il rencontrera Jean Moulin à Lyon qui l'incita à armer Libé Nord et ensuite rencontra plusieurs fois Pierre Deshayes (Rod)  à  Lille. Traqué par la gestapo il doit quitter la France pour gagner l'Angleterre, Donc il arrive chez mon père par la filière habituelle, mais il faut attendre le message personnel, qu'un avion soit disponible,  donc il restera un certain temps à la maison, il prend des contacts avec des membres de la région : Etienne Bécart, Lardeur  Chabloz, et une fois il est venu me rechercher  à l'école avec le vélo de mon père, il a discuté un moment avec mon Instituteur Mr Marcel Fourmanoy, et ensuite il arrivait souvent que mon instituteur me donne des lettres à transmettre à mon père, en réalité elles étaient pour Albert Van Wolput.   Quelque temps après, un message personnel prévint que le moment attendu  pour regagner l'Angleterre  était  arrivé. Albert Van Wolput devait gagner la région d'Angers par ses propres moyens où un avion le conduirait à Londres. Mon père alla le conduire à la gare de Dompiere s/Helpe. Le chef de gare était son ami. Comme  des Allemands étaient dans la salle d'attente, il le fit  passer par son appartement qui débouchait directement sur les voies. Albert Van Wolput avait promis à mon père de lui envoyer un message personnel sitôt arrivé en Angleterre. Il arriva en Angleterre le 15 juillet.  Le message personnel convenu était " le petit Bébert mange des bananes". Le message passa à la radio de Londres donc Albert était bien arrivé. Il rencontrera la Général de Gaulle et sera envoyé à Alger, il siègera à l'Assemblée Consulaire Provisoire et il sera élu Vice Président de cette  Assemblée  le 9 novembre 1943 Après la guerre , il sera adjoint au Maire de Lille pendant de nombreuses années, il rendit visite plusieurs fois à ma mère.

Aux  environs  de  Juillet Août  1943  une cousine de mon père  habitant Epinay sur Seine est venue à la maison pour avoir du ravitaillement  elle  était accompagnée d'une petite fille de 8 ans environ, cette petite était en réalité une petite juive que ma cousine avait recueillie, elle pensait la laisser  à la maison  mais  après une huitaine de jours mon père lui fit comprendre qu'il ne pouvait pas la garder. Il ne lui fit pas part  de  ses activités dans la résistance. Mais moi je savais que c'était une petite  juive car  j'avais entendu la conversation, je n'en ai jamais causé à l'école ni à personne, ils sont revenus après la guerre et je me souviens qu'elle s'appelait  Hélène.

Pierre Deshayes est né le 24 12 1918 est originaire de Bretagne, à la mobilisation générale, il est appelé sous les drapeaux, et à la débâcle, il est fait prisonnier, comme il était cheminot,  il fut libéré quelques mois plus tard. Il n'avait qu'une idée en tête, rejoindre Londres.

La  seule  solution  était  par  l'Espagne, et  en  janvier 1941 il se trouve  à l'Ambassade d'Angleterre  à Madrid, et avec l'aide de celle ci , il gagne la frontière portugaise, Lisbonne  et  ensuite Gibraltar. A force de ténacité il arrive en Écosse le 13  juillet 1941, et  il  séjourne  au  camp  de  Camberley  Après un stage  de parachutage  il passe 5 mois au Centre d'Apprentissage d'Agent Spécial. Il est membre du  B C R A   Dans la nuit  du  22 au 23 décembre  42 sous le nom de ROD il est déposé dans la région de Châteauroux, il se rend à Lyon, pour prendre contact avec Jean Moulin, ensuite,  il se rend dans la région parisienne, et dans le Nord, vers le 10 janvier  1943, en utilisant une couverture professionnelle d'Inspecteur des lignes téléphoniques.   Son travail était surtout de former des réseaux et de trouver des terrains de parachutage, pour alimenter  les  résistants en armes. Sitôt arrivé,  il change  de  nom  il s'appellera JEAN PIERRE, un nom qui lui restera jusque la fin de la guerre, et beaucoup vont l'appeler  le  Commandant Jean Pierre. Il  rencontre Albert Van Wolput qui était du groupe  BRUTUS. Il  rencontre  Van kemmel pour le secteur d'Armentières, il descend vers Valenciennes rencontre Lépine, et Chabloz  pour  l'Avesnois. Jean Pierre rend compte de son travail à Londres, et le 24 mars 1943 le B O A est formé, et en avril Jean Pierre est nommé chef du B O A pour la région A (dep. 59/62/02/80/76) il est rejoint par Maurice Gallet  (le célèbre Capitaine  Gustave) ensemble ils s'occupent de trouver des terrains de parachutages et de les faire homologuer. Jean Pierre rencontre  Lorette à Avesnes,  Robert à Landrecies et recrute quelques terrains. Début avril il dispose déjà de 15 terrains mais ils ne seront pas tous reconnus par Londres, Jean Pierre préfère l'Avesnois et le nord de l'Aisne car ils sont plus propices pour la sécurité  il rencontre mon père  à Cartignies, il découvre un terrain il s'appellera "Couesnon» que l'on appellera aussi terrain des Méresses et il le fera   homologuer par Londres en juin 1943. Couesnon sera le principal terrain de Jean Pierre, Surtout pour le sérieux de son équipe et terrain de secours, en cas de problème sur d'autres terrains. Ce fut le terrain qui reçut le plus de parachutages, 5 au total, malgré que 14 étaient prévus, les échecs étaient dus à des avions écrasés : des  avions abattus  par la DCA, l'arrestation  de l'équipe  Couesnon   L'équipe du terrain Couesnon était composée  de  6 hommes, du groupe Libé Nord: 1ière, lors des arrestations des membres de l'OCM de l'Avesnois, toutes  les armes ont été découvertes par l'ennemi, puisque le traître Plantain connaissait tout: 2ième, aucune  arme du terrain Couesnon ne fut prise par l'ennemi, et pourtant Plantain connaissait mon père puisqu'il était venu, envoyé par Robert, chercher le fameux  poste émetteur. Mon père méfiant, ne lui avait fait aucune confidence sur les autres membres du groupe. Jean Pierre se dépense beaucoup il est partout, il est sur le terrain, il rencontre ses agents  il a une audace inouïe,  pour les Allemands il est insaisissable, mais ils en avaient une frayeur réelle car il était souvent armé ils n'auraient pas osé l'attaquer de front, ils ont d'ailleurs  abattu  un Commissaire de Police pensant que c'était  lui. S'estimant  brûlé il demande à Londres d'être  remplacé. Le 29 janvier 1944 Robert  Aubinière  fut parachuté,  il était le nouveau chef du B O A Région  A  Jean Pierre lui passa toutes les consignes et est prêt à regagner l'Angleterre, Mais plusieurs affaires vont retarder et contrarier son départ  1) La trahison d'un résistant de Lens qui passa devant le tribunal de la résistance et fut exécuté    2) Un agent Allemand de l'organisation TOD  devait être kidnappé, et ramené en Angleterre, et Jean Pierre devait regagner Londres par cette opération, mais l'arrestation de Dubois du S O E fit que l'opération n'eut  pas lieu. Robert Aubinière est arrêté par la gestapo suite à la trahison  d'un  adjoint  de  Fassin  Délégué militaire de la région Nord.  Jean Pierre se rend dans un box loué à Fives où  sont  entreposées  deux  valises radio  et d'autres matériels, mais aussitôt arrivés il se trouve avec ses deux compagnons  face  à  face avec deux  agents de la Gestapo. Avec audace Jean Pierre  main  dans la poche sur le pistolet  est aussitôt rejoint par  Gustave qui a pris position  près de la sortie pour  leur  couper  leur  retraite, Jean Pierre  s'avance vers eux et le dialogue  s'établit  il est de courte durée, il n'y aura pas de duel les chances étant égales de part et d'autres, les deux agents regagnent leur voiture. Maintenant  il faut faire vite et partir, car les deux Gestapistes  ne sont pas dupes. Jean Pierre et  ses  deux compagnons se rendent à le Nouvion  en Thiérache  chez  Robert  Degon  et installent leur nouveau PC dans un chalet  à  Esquéheries  dans  la forêt de Le Nouvion.  Jean Pierre est de nouveau aux commandes, il continue  ses contacts avec ses  agents ,  assiste  à certains parachutages, il passe toujours entre les mailles du filet, pourtant il est très  recherché. Au mois de Août Jean Pierre est remplacé par Jean Vimont Vicary .

Parmi toutes les décorations reçues la plus importante et certainement d'être nommé Compagnon de la Libération   par le Général de Gaulle  Et en 1996  Commandeur dans l'ordre de la légion d'honneur

Il fut l'une des plus grandes figures de la Résistance.

Fernand Wargnie est né à Cartignies le 18 septembre 1914, il a connu son père mobilisé seulement à la fin de la guerre, à 5 ans il entre à la maternelle et à 11 ans il entre au collège de Cambrai, pour faire ses études secondaires, Quelques temps après Fernand fait son service militaire au 163 ième Régiment d'artillerie et au bout d'un an, il entre à l'Intendance, il est démobilisé fin 1935.

A  la  mobilisation, il est appelé  sous  les drapeaux, début 1940 devant la poussée Allemande il se retrouve avec son régiment à  Dunkerque il parvient à s'embarquer pour l'Angleterre  et début  juin  il débarque  à Cherbourg  son régiment  est  reformé et à l'armistice, le 24 juin il est démobilisé à St Sulpice des Landes, il rentre à Cartignies  fin 1940.

En  Novembre 1942  Fernand est contacté  par  Eugène Lorette et il entre à L' OCM, en même temps que Jules et Roger Lebon et Emile Vallée il signe un engagement avec la France Combattante.

Fernand est très actif,  il porte des messages il assiste à certains sabotages il participe aux parachutages, aux transports des armes  Le 7 septembre Fernand est présenté à Jean Pierre « Pierre Deshayes » celui-ci le nomme chef de secteur du BOA il s'appellera «Raphaël » à compter  de ce jour il sera à tous les parachutages du terrain Couesnon, il s'occupera de la coordination, du camouflage, et du transport des armes, les armes pour la région de Lille étaient réceptionnées par des hommes qui logeaient à l'hôtel  terminus  à  Avesnes  avant d'être conduits  par Raphaël par des chemins détournés au point de livraison.

Le  BOA est « grillé » en Avesnois  «Jean Pierre et Gustave,» s'installent dans le pavillon de chasse à  Esquéheries  avec  les archives du BOA. Un jour  le chalet est occupé par trois résistants Jean Pierre est absent, les trois hommes  voient  une patrouille allemande de passage se diriger vers le chalet, il faut faire vite, ils brûlent les archives car le choc est inévitable. Les Allemands sont accueillis par des rafales d'armes automatiques, les Allemands  pensent à un groupe bien armé, ils laissent quelques hommes  et  vont  chercher  des  renforts, les résistants en profitent pour sortir à la grenade, grâce à leur audace ils en sont sortis. Les Allemands reviennent avec un char et détruisent  le chalet  vide.

Raphaël est chez Robert Degon à Le Nouvion habillé en pasteur  il est affecté au décodage des messages. Fin Août  les américains arrivent, Raphaël, et Vimont Vicary qui logiquement ne devait pas se lancer dans la guerrilla, aidés par les résistants du maquis de la forêt participent à la libération de Le Nouvion, il  ne  reste que quelques poches qui résistent dans le  clocher  et  dans  le  cimetière, Raphaël et Vimont Vicary  essaient de déloger ceux qui sont retranchés dans  le cimetière ils parviennent  à  en  tuer  plusieurs, les allemands  possèdent  un mortier, mais Jean Vimont Vicary est gravement blessé « les jambes coupées » par un obus de ce mortier  à  quelque mètres de Raphaël « il se tire une balle dans la tête »pour abréger ses souffrances  ils font prisonnier le dernier  c'est un SS, Raphaël lui dit de porter le brancard avec le corps de Jean Vimont Vicary, il refuse et essaie de s'enfuir  il est abattu par Raphaël, ceux dans  le clocher de l'Eglise sont fait prisonniers.

La guerre  est  terminée pour Raphaël,  il rentre  à  Cartignies, il n y a plus de Raphaël, maintenant c'est Fernand il  est nommé  Conseiller Municipal par le Gouvernement   provisoire de la République en septembre 44. Le 20 mai 1950 a lieu la remise  à  la Commune  de  Cartignies de  la Croix de guerre avec étoile d'argent, la Légion d'honneur  à  Fernand, il fut décoré également de la Croix de guerre, de la Médaille des Combattants volontaires de la résistance, de la Médaille anglaise du  Kings medal for courage, Fernand sera maire de Cartignies de 1947 à 1990 Le Dimanche 30 janvier 2000 , nous  apprenons avec tristesse  le décès de Fernand à  l'hôpital  de Le Nouvion en Thiérache. Ses obsèques furent célébrées en l'Eglise de Cartignies  le Mercredi 2 février 2000  Fernand avait 86 ans

COUESNON   « Nom d'une rivière du nord de la Bretagne près du Mont St Michel »

Après les pourparlers de mon père avec Jean Pierre et Lionel Alloy le terrain de parachutage  est reconnu par Londres. Mon père prend contact avec ses amis anciens combattants de  1914 -1918: Paul  Lécoyer, Léonce  Roseleur, et son fils Robert, mes deux frères, Gérard et  Robert,  sont volontaires malgré les réticences de mon père ils  forment  un  groupe  de  6 hommes  ils  seront  rejoints vers le 10 septembre par Fernand  Wargnies  (Raphaël) que le commandant Jean Pierre  a nommé chef de secteur, c'est lui qui s'occupera  de la répartition  des  containers parachutés, et par le capitaine Maurice Gallet (Gustave )  à certains parachutages.  Le terrain s'appellera "Couesnon "  il est  situé sur des prairies appartenant à Paul Lecoyer dit le père Paul sur environ 6 à 7 hectares. Le premier parachutage est le 14 juillet le message personnel est " à bientôt des plus beaux jours". Les 6 hommes sont au rendez-vous  à  l'heure prévue,  l'avion arrive,  survole le terrain plusieurs  fois  mais  ne  voit  pas  les  lampes.  Une autre date est fixée: le 11 août ce qui est confirmé par le message personnel.  « A bientôt des plus beaux jours »  Ce jour-là les 6 hommes sont au rendez-vous avec des torches puissantes. L'avion arrive  et survole le terrain et confirme  qu'il  les a repérés  en allumant ses quatre feux rouges  et largue son chargement de 5 containers avec 5 cellules par containers

Les  cellules  étaient  empilées  les unes  sur les autres et maintenus par des sangles. Une fois les sangles enlevées, on  avait

des containers de 35 kilogrammes faciles à transporter.  Ces containers contenaient " des armes, du plastic, des postes émetteurs. Quant rien n'était prévu pour l'enlèvement, il fallait les conduire dans un endroit sûr où les enterrer. Chaque container était équipé d'une pelle.

Début décembre un parachutage est prévu  pour l'OCM mon père me dit que le lendemain j'irai en classe en vélo, quand je pris le vélo le lendemain matin une petite valise était ficelée sous mon cartable mon père me dit de passer par la ligne de chemin de fer  et  de mettre mon  vélo  chez  Julia  Génard  qui  tenait le café au rendez vous des pêcheurs  quand je suis arrivé à proximité du café  cette dame m'attendait, je repris le vélo le midi mais la valise n'y était plus, c'était un poste émetteur  pour  le parachutage de l'OCM  du 5 décembre.  Le 10 janvier 1944, un nouveau parachutage est prévu.  Le message personnel est :" les jours diminuent ". A ce parachutage Raphaël était présent puisqu'il avait été nommé chef de secteur par Jean Pierre. L'avion arrive et après avoir remarqué les torches, allume ses quatre feux rouges, part tourner beaucoup plus loin, et revient lâcher son chargement, Il largua les parachutes très précisément à l'endroit indiqué par les torches.  Atterris,  les containers destinés au groupe étaient vidés de leur contenu et les vides étaient jetés dans des fosses. Les containers destinés à d'autres groupes étaient  enterrés dans l'attente de l'enlèvement.  Le 5 février nouveau parachutage, le message  est:" Les jours diminuent ". Raphaël  et Gustave étaient présents avec le groupe des 6.   L'avion arrive, largue son chargement: 25 containers. Quelques minutes après, un  deuxième avion arrive. 25 nouveaux containers sont lâchés.  Un container  tombe à 5 mètres de Robert,  le container  est enfoui aux trois quarts dans la terre, il faut prendre une bêche pour le retirer. Un autre container s'ouvre en arrivant au sol, il contenait des  grenades. Le tout était éparpillé sur le sol et malgré le beau clair de lune,  il n'a pas   été facile  de ramasser  la totalité. Ensuite, il fallut  s'occuper des 50 containers. En pleine nuit, une garenne à lapin, recouverte d'épines servira de cache, les épines sont enlevées avec les mains, sous les épines c'est la terre qu'il faut creuser avec des pelles, la terre est jetée dans la fosse qui  est contiguë à la garenne. Le père Paul est allé chercher un tombereau tiré par  un cheval. Les containers sont dissimulés dans le trou fait dans la garenne et recouvert par les épines. Ils resteront presque deux mois à cet endroit.

Quant aux  parachutes, il fallait les faire disparaître. La meilleure solution était de les brûler le jour pour ne pas se faire remarquer.

Le lendemain de ce parachutage  du 5 février, Gustave informe Jean Pierre  de la double réception  sur  Couesnon et de n'avoir  pas eu le temps de relever les indications portées sur les cellules, le contenu de chacune d'elles était codifié par une lettre suivi d'un chiffre, et devant impérativement  fournir ces indications  au délégué militaire  régional   « René Fassin »  Jean Pierre vint une semaine plus tard  pour obtenir  de mon père que les containers soient ressortis de leur cache, répertoriés et remis en place sous leur épais manteau d'épines. Effectué par 5 personnes seulement, ce fut un travail harassant.

Au petit matin Jean Pierre repris la route d'Avesnes  et il fut surpris  à plusieurs reprises de marcher dans le bas côté de la route  à demi endormi.

L'arrestation : J'avais  11  ans, ce 17  mars  1944 et  J'étais  en classe  à Cartignies   mon  village. Pendant ce temps, dans la ferme familiale située à 3 km 5 du village, mes frères, Gérard et Robert écoutent la radio de Londres, appuyés sur le châssis d'une petite fenêtre qui donne sur la route. Ils voient arriver une voiture particulière suivie d'un camion Allemand. Ils comprennent. Leur sang ne fait  qu'un tour, Robert  met la radio sur radio Paris, chose qui lui fera perdre beaucoup de temps,  Gérard court vers la grange, mais la Gestapo avait déjà cerné la maison et arrive par l'arrière des bâtiments. Gérard est arrêté au moment où il monte à l'échelle, certainement,  pour aller chercher son pistolet qui est caché dans le grenier. Robert se sauve  par la prairie d'Émile Marion, les allemands tirent sur lui, Robert est obligé de s'arrêter  sous la fusillade et de lever les bras. Il aurait voulu atteindre la haie où était  caché son pistolet mitrailleur. Ma mère Marcelle, était absente. Elle était allée au



19/05/2010
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